- La BCV vend 4 tonnes d’or.Posted 216 jours ago
De l’incongruité de sponsoriser un pilote de formule 1 pour un gouvernement révolutionnaire
Pastor Maldonado est le premier pilote automobile vénézuélien à piloter une Formule 1, depuis Johnny Ceccotto. Titularisé chez Williams à l’occasion de la saison 2010-2011, le pilote vénézuélien arrive sur le tard dans la discipline reine du sport automobile à une époque où il est fait place aux jeunes premiers.
Après avoir évolué pendant plusieurs saisons en Formule Renault, le pilote vénézuélien rejoint le GP2 en 2007 au volant d’une monoplace Trident Racing. Dès sa première saison, il s’illustre sur ce qui deviendra son tracé préféré, le circuit citadin de Monaco, en remportant la victoire. Sa constance lui permet de terminer à la 5ème place du championnat lors de la saison 2008, ce qui lui vaut le droit de rejoindre l’écurie ART. Malgré une nouvelle victoire sur le tracé monégasque, entre autres, il est largement distancé par son coéquipier, le jeune allemand Nico Hulkenberg. Ce n’est donc qu’au cours de sa quatrième saison dans la discipline que le vénézuélien remporte le titre de champion, en accumulant les victoires. Il totalise en effet le plus grand nombre de victoires sur une saison de GP2. Cette performance lui ouvre les portes de la Formule 1.
Auréolé du titre de champion de GP2, Pastor Maldonado s’engage avec l’écurie Williams, alors à la recherche de financements pour se maintenir en Formule 1. Maldonado apporte en effet avec lui, les moyens financiers de son sponsor : PDVSA, l’entreprise pétrolière vénézuélienne ainsi que le soutien plein et entier du gouvernement bolivarien qui ne manquera pas de faire de Pastor Maldonado une vitrine de la réussite (sportive) du Venezuela.
L’annonce de sa signature auprès de l’écurie de Grove fit l’objet au Venezuela d’un traitement médiatique inhabituel pour une discipline alors peu suivie par les vénézuéliens. Maldonado est rapidement érigé en star nationale et son portrait s’affiche sur d’amples panneaux publicitaires, dans les rues et le métro de Caracas. Partisan d’un gouvernement qui soutien sa carrière, Pastor Maldonado a reçu l’autorisation des autorités afin de réaliser une démonstration sur los paseos de los Proceres (grande avenue caraqueña plus habituée à accueillir les défilés militaires que des formules 1) avant le début de la saison.
Sa première saison en formule 1 fut une saison d’apprentissage. Le pilote vénézuélien ne marquant qu’un seul point en 19 GP sur une monoplace qui ne lui permettait cependant pas de voir plus haut. S’il fut trahi à 8 reprises par sa monoplace ou un pilotage trop agressif, le reste du temps Maldonado a su faire montre d’une certaine régularité au volant de sa monoplace. Son coéquipier, Rubens Barrichello, double vice champion du monde, n’a pu faire mieux que de glaner 4 petits points, grâce à deux neuvièmes places. C’est davantage lors des séances de qualification que le vénézuélien a démontré ses qualités de vitesse, devançant régulièrement son coéquipier dans l’exercice du tour rapide. Sa course à Monaco où il a longtemps tenu tête aux meilleurs avant d’être percuté par Lewis Hamilton invite à revoir le garçon une saison supplémentaire. Mais au-delà de ses performances au volant de sa monoplace c’est à sa qualité de pilote payant à qui il doit sa présence en Formule 1 comme le reconnaît indirectement le patron d’écurie, Frank Williams : « Pastor a prouvé cette année qu’il est non seulement rapide mais aussi capable de garder un rythme en course solide et régulier. Pastor a été responsable de toutes nos incursions en Q3 en 2011 et sa course à Monaco a été exceptionnelle. Aussi Pastor s’est très bien installé au sein de Williams, en contribuant largement à l’usine et avec nos partenaires. Il va jouer un rôle important en 2012 alors que nous rebâtissons l’équipe pour aller de l’avant. »
Maldonado contribue au développement de l’écurie en apportant avec lui les deniers de PDVSA et le soutien inflexible du gouvernement vénézuélien. Retour sur un sponsoring si spécifique.
Selon les différentes estimations, le contrat de sponsoring de PDVSA avec Williams s’élèverait à 15 millions d’euros pour la première saison, puis 25 millions d’euros pour 2012. Certaines sources, révélées à l’occasion de la procédure d’enquête lancée par un député de l’Assemblée Nationale vénézuélienne quant à la régularité du contrat de sponsoring a laissé entrevoir une somme de 180 millions d’euros sur plusieurs saison. Largement de quoi assurer la présence du pilote vénézuélien en Formule 1 quelques soient ses performances.
Le soutien de PDVSA à l’écurie de Grove est en effet contesté au Venezuela, notamment par le député du parti d’opposition « Un Nuevo Tiempo » Carlos Ramos qui estime que cet accord n’a pas fait l’objet d’une validation par l’Assemblée nationale comme l’exige la constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. En effet, PDVSA étant une entreprise publique vénézuélienne, le financement de n’importe quel projet y compris les contrats de sponsoring sportif doivent être approuvés par l’Assemblée Nationale.
M. Ramos soulève au delà des problèmes de procédures évoqués, le caractère superflu d’un tel investissement pour un pays comme le Venezuela. En effet, il est quelque peu paradoxal pour un gouvernement qui se targue depuis 2005 de mener une révolution socialiste de financer la présence d’un pilote automobile dans la discipline reine quand le pays souffre d’un manque cruel d’infrastructures sportives pour tous les jeunes du pays.
Carlos Ramos a adressé, début novembre, une lettre à l’écurie Williams afin de connaître les détails du contrat de sponsoring.
Seconde lettre Carlos Ramos – Williams
Ce à quoi, l’écurie s’est contentée d’un courrier laconique indiquant que les termes du contrat entre l’entreprise pétrolière et Williams étaient confidentiels. Il n’en fallut pas plus pour que le parti d’opposition y voit une fenêtre d’opportunité fantastique pour dénoncer des dépenses dispendieuses et sans aucune contrepartie. En s’attaquant à Williams et à Pastor Maldonado, Un nuevo Tiempo cherche à affaiblir Hugo Chávez dans la perspective des élections présidentielles d’octobre 2012, en étayant son argumentaire sur l’utilisation discrétionnaire des ressources pétrolières par le pouvoir exécutif. Le sponsoring de PDVSA envers Maldonado n’est pas la seule cible de l’opposition mais elle est exemplaire tant elle interpelle l’opinion publique.
« Un Nuevo Tiempo » pense ainsi avoir trouvé un filon à creuser dans la perspective des primaires de la MUD (coalition de l’opposition) dont le premier débat télévisé s’set tenu le 4 décembre.
L’argumentaire du député pointe les contradictions de ce contrat de sponsoring et de sa signification pour la révolution bolivarienne. En bon porte parole du gouvernement bolivarien, Pastor Maldonado, a tenté de répondre aux critiques sur les contradictions entre les dénonciations du système capitaliste par un gouvernement « socialiste » et le financement de la présence d’un pilote national en Formule 1, discipline ô combien élitiste. Ainsi, dans une interview accordée au journal El Mundo, en avril 2010 le pilote soutenait que « Socialisme et F1 sont parfaitement compatibles, même si c’est a priori le sport le plus capitaliste du monde. Mais il y a des valeurs communes, comme le travail, le dépassement de soi, (…) la solidarité. » Malgré tous ses efforts, le pilote vénézuélien ne parvient pas à dissiper la pertinence du propos de M. Ramos.
« Votre réponse suggère que Williams F1 a fait preuve d’une certaine diligence à l’égard de la législation du Venezuela concernant les dépenses publiques ». « Comme vous le savez, PDVSA est un conglomérat pétrolier entièrement détenu par l’Etat vénézuélien. (…) Le montant et les dépenses générales du budget de PDVSA sont une affaire publique ».
« Parrainer une équipe de F1 n’est certainement pas une dépense prioritaire pour une entité qui ne peut tirer aucun avantage commercial de telles dépenses capricieuses. (…) Gardez à l’esprit que PDVSA n’est pas une marque commerciale et qu’il ne vent rien aux consommateurs avec sa marque qui est peinte à différents endroits sur votre voiture de course. La situation financière de Williams F1 est probablement un sujet de grande préoccupation pour ses propriétaires, employés et partenaires commerciaux. Cependant, il n’y a aucune explication valable pour que 28 millions de Vénézuéliens doivent payer la facture pour simplement aider Williams à survivre. (…) Je comprends pourquoi vous prenez l’argent de n’importe qui mais, il est impossible pour moi d’expliquer à mes électeurs et concitoyens, pourquoi diable nous perdons de l’argent avec votre équipe ».
Il est en effet difficile pour le gouvernement de soutenir que ce contrat de sponsoring revêt une autre utilité que celui de promouvoir une certaine image du Venezuela au travers d’un pilote de formule 1 jugé idéologiquement proche du président de la République. PDVSA ne peut retirer en tant qu’entreprise pétrolière les retombées d’un tel investissement. En effet la nature de ses clients (entreprises pétrolières, Etats, etc…) exclue toute pertinence d’une stratégie de communication axée autour du sponsoring d’une écurie de Formule 1.
Le député vénézuélien poursuit son argumentation en promettant à Williams de ne pas relâcher la pression. « Soyez assurés que le contrat entre Williams F1 Team et PDVSA ne restera pas confidentiel. Nous ne cesserons pas d’enquêter sur cette affaire et nous chercherons tous les moyens de résilier le présent contrat. De même, nous nous assurerons que les deniers publics vénézuéliens ne se perdront plus dans du sponsoring aussi volage et improductif ».
Une telle conclusion laisse dubitatif sur la pertinence de rechercher des sponsors aussi politisés pour une écurie de formule 1. En effet, tout laisse à penser qu’en cas d’alternance au pouvoir au Venezuela, le contrat de sponsoring liant PDVSA à Williams sera abrogé, laissant l’écurie de Grove dans une situation critique. Mais est-ce bien le rôle d’un gouvernement quel qu’il soit et au surplus d’un gouvernement qui se veut socialiste de financer le maintien d’une écurie de formule 1…





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